A quoi peut donc bien servir le RRUZ de la rue de la Loi ?

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Imaginé par les pouvoirs publics pour doubler la densité bâtie sur la rue de la Loi, le nouveau Règlement Régional d’Urbanisme Zoné est déjà dépassé…

Quarante années après les grandes luttes urbaines qui ont permis au tissu associatif bruxellois de mieux appréhender le destin du territoire urbain qui est le sien, le projet de densification de la rue de la Loi en chantier depuis plus de 50 ans, nous interroge sur notre capacité à maitriser l’évolution environnementale de notre ville face à un secteur immobilier toujours plus concentré et avide.

Un Projet Urbain Loi (PUL), pour qui le faire ?

Le plan de Développement International de Bruxelles (PDI, 2008) qui faisait la part belle à la présence des institutions européennes dans la ville, favorisait la concentration des activités de la Commission européenne sur la rue de la Loi. Il fallait donc permettre à la Commission de se regrouper sur un seul grand îlot dont elle est propriétaire.

Ce dispositif, heurtant les règles urbanistiques en vigueur, risquait aussi de rompre l’équité entre les différents propriétaires fonciers du quartier. Il a donc été décidé de doubler les superficies sur l’ensemble de la rue de la Loi dans le cadre du “Projet Urbain Loi“ (PUL). Au-delà de la densification du bâti, ce PUL devait revaloriser un espace public fortement dégradé et réintroduire une diversité fonctionnelle dans un tissu urbain entièrement formaté pour le bureau.

Dans un contexte de crise des budgets européens, la Commission européenne a suspendu son programme immobilier propre, contrainte de faire appel au secteur privé devenu, in fine, le destinataire du PUL…

Un règlement Régional d’Urbanisme zoné (RRUZ), pour quoi faire ?

Le PUL ne correspondant pas à la réglementation urbanistique actuelle, on adapte alors le RRU en RRUZ. Ce Règlement régional d’urbanisme zoné (RRUZ) n’étant pas un PPAS (Plan Particulier d’Aménagement), il ne permet pas de spécifier les affectations des bâtiments. Alors qu’un PPAS doit faire l’objet d’une évaluation des incidences, la Région estime que le RRUZ en serait exempté. Elle écarte ainsi tout débat sur les incidences environnementales d’un projet densifiant le bâti dans une zone particulière, à l’encontre même des directives urbanistiques européennes. Lors de la concertation publique sur la première version du RRUZ, et suite aux réclamations des associations, la Région a pourtant accepté d’entamer une étude d’impact.

Une étude d’impact, c’est quoi ?

L’étude d’impact qui n’est pas une étude d’incidence, aborde principalement l’analyse paysagère, les ombres portées et les vents induits. Faisant l’impasse sur les aspects essentiels d’une étude d’incidence, elle néglige la mobilité (traitée dans une étude séparée qui conditionne le PUL à la présence du RER et du péage urbain) et l’impact socio-économique du projet.
Enfin, le PUL se prétendant éco-quartier-zéro-carbone, l’absence d’une analyse plus globale des émissions de gaz à effet de serre produite par des opérations de démolition-reconstruction devient alors incompréhensible.

Eco-quartier-zero-carbone = 130.000 tonnes de CO2

A défaut d’une étude sur l’impact environnemental du PUL, nous avons estimé l’impact carbone du PUL en nous basant sur les surfaces annoncées par le projet. A 20 ans d’exploitation (temps moyen d’occupation des bureaux à Bruxelles avant rénovation) et malgré les économies d’énergie permises par les nouveaux bâtiments, le projet urbain loi qui favorise la démolition/reconstruction, aura produit l’équivalent de 130.000 tonnes de CO2 supplémentaire par rapport à une rénovation des bâtiments existants.

Rue de la Loi contre vallée du Maelbeek

A laisser faire, il y a fort à parier que nous allons y perdre la diversité urbaine de la vallée du Maelbeek ou bien les logements des rues de Toulouse et De Pascale. Tradition léopoldienne oblige, la concentration foncière induite par le plan se traduira par une nouvelle concentration fonctionnelle et cela ne pourra se faire au bénéfice de la collectivité y compris de la Commission européenne qui aura à payer cher son manque de discernement.

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Le Règlement Régional d’Urbanisme Zoné de la rue de la Loi pose bien plus de problèmes qu’il n’en résout. Rendons-nous à l’évidence : ni l’étude fédérale sur la mobilité dans le quartier européen, ni le bilan énergétique exorbitant de la démolition-reconstruction de la rue de la Loi, pas même les conclusions de l’étude d’impact qui n’est pas une étude d’incidence, et encore moins la capacité de la Commission européenne d’assumer actuellement son projet immobilier, n’arrivent à justifier l’opportunité d’un Projet Urbain Loi qui aura pour effet presque immédiat de détruire ce qui marche encore dans le fond d’une petite vallée bruxelloise où pousse, malgré tout, la fleur d’iris.

Retrouvez très prochainement cet article dans son intégralité dans le prochain Bruxelles En Mouvement (BEM), publication éditée par Inter Environnement Bruxelles (IEB).

http://www.ieb.be/-Bruxelles-en-mouvements-