Chère Veuve ….

BACON "Fragment d'une crucifixion" 1950


Ulysse voyage, rencontre,regarde, entend, sent.
Le hasard, si il est, fait en l’occurence bien les choses. Une entente, un échange avec une écrivain, Ben Amiral . Un texte qu’elle me permet de vous présenter.

BACON

Chère Veuve,

A ma grande surprise, tu m’as été funeste … A chacune de tes apparitions tu m’as pointé ton long doigt. agitant ces cornes au delà de ta chevelure blanche et psalmodiant mon caractère incestueux.

Pourquoi t’es-tu offerte à moi lors de ta boutade à mon intimité ?

Les idées ne me manquent pas … mais aucune n’arrive à m’en satisfaire.

J’aurai souhaité savourer tes cheveux rouges. nager à
travers ces larmes bleues mais … tu as attrapé le temps, tu n’as plus voulu le lâcher: il t’as tuée couche après couche. t’as écrasée et me voilá , pauvre ingrat, qui te pleure sous ce coin de feu, ton immonde visage pendant à mon cou, m’étreignant á mon tour !

Je ne peux rejeter tes plaies qui se calent avidement à tous mes orifices, forcant leur flots de sang noir disgracieux, tes odeurs blessantes … et ma seule nourriture sera toi, pour la seule fin de ma vie …

Le souffle ne pénètre plus la piéce où tu m’as entraîné: je suis maintenant le corps complet du décor. Mes appels répétés s’effacent de ma mémoire, et je ne lutte plus.

Si tu m’aimes, ce n’est pas notre faute, mais voilà toi, et là s’achève mes pas,

Car Adieu à la personne que je ne serai plus jamais … mais peut-être tu en sauras.Francis Bacon, élément central  de Tryptique