Chez Arthur’s

Non, il ne s'agit pas de Catherine de chez Arthurs, mais d'une vendeuse de gâteaux, à Voronezh en Russie. Photo Nathalie Melis

Dans une dernière tentative de réconciliation, j’ai envoyé un sms à Edouard*, pour lui donner rendez-vous chez Arthur’s, en face de l’entrée de la gare du Luxembourg. Edouard ne m’a pas répondu. Edouard n’est pas venu.

J’étais décidée à ne pas en faire un fromage: j’ai commandé un gros morceau de gâteau caramélisé aux pommes et une camomille. Oscar était d’accord de partager, on s’est régalés. Et pour combler notre bonheur, nous avons eu tôt fait de sympathiser avec Catherine, la joyeuse tenancière de cette « tartinière », implantée dans un quartier de bureaux, en pleine mutation.

Non, il ne s'agit pas de Catherine de chez Arthurs, mais d'une vendeuse de gâteaux, à Voronezh en Russie. Photo Nathalie Melis

« 14 ans dans une rue sinistrée », résume-t-elle. « Avec Annie, qui tient le café d’à côté, on était deux nanas seules face aux bulldozers! Quand je suis arrivée, ils étaient occupés à refermer le dôme du camembert. Quelques mois plus tard, ils ont éventré la rue, pour refaire les égouts. Puis ils ont « dynamisé » la place. Résultat: je me suis retrouvée avec un arrêt de bus devant la porte, des navetteurs assis sur la devanture du magasin, et des tas de canettes et de bouteilles sur le trottoir, tous les lundi matin. Puis ils ont recommencé les travaux. Heureusement, on a pu obtenir qu’ils ne ferment pas la rue à la circulation. »

« Quand je suis arrivée, le quartier était habité de gens normaux avec des salaires normaux ». Aujourd’hui, nous ne sommes heureusement plus les seules commerçantes de la rue, et on s’entend bien avec les voisins, mais le quartier vit au rythme des bureaux et nos clients s’en vont avec les vacances. Pour la plupart, ce sont des expatriés qui ont un tout autre train de vie que le nôtre, ils ne comprennent pas notre réalité, et ils critiquent constamment la Belgique. »

« C’est sûr, ça n’a pas été facile tous les jours. A une époque, je tricotais en attendant les clients. Ca a tout d’abord attiré des hommes seuls, puis des femmes (qui ont fait partir les hommes). C’est comme ça qu’est né le « café tricot » (tous les vendredi de 16h à 20h). »

La porte s’ouvre: une future maman, adepte du club du vendredi, nous rejoint pour tailler une bavette, en attendant le bus. Une autre jeune femme passe saluer Catherine, en rentrant du boulôt. C’est bientôt l’heure des provinciaux qui viennent acheter un cadeau, à emballer très vite, pour qu’ils aient le temps d’attraper le train. Oscar et moi on s’éclipse pour ne pas perturber l’heure de pointe chez Arthur’s.

*cfr. épisodes précédents du blog d’Ariane