Chez nous place Jourdan

Petite phrase de la palissade

Petite phrase de la palissade
La voisine du bas est venue se présenter. Elle m’a fait le portrait de tous les locataires (je n’en demandais pas tant) y compris celui de la charmante grand-mère qui nous a précédé.

Avant-hier la demoiselle du dessus, plutôt hostile jusqu’à présent, a retiré ses lunettes noires pour répondre à notre salut, le sourire aux lèvres. Et la vieille du coin de la rue, dont l’immense chien noir guette les passant d’un air ennuyé, semble enfin nous avoir accepté. De même, le fou de l’épicerie, la patronne du café, le patron de la wasserette, la boulangère, nous reconnaissent désormais. On commence à se sentir chez nous, en famille, dans le quartier.

Quelques rues plus loin, place Jourdan, le ciel de notre entourage s’assombrit. Je n’arrive toujours pas à cerner ce coin-là du monde : il y a comme quelque chose qui manque. Il y a ceux qui se connaissent depuis toujours, le couple de la friterie et ceux du café, le vendeur de disque du dimanche matin et le patissier, les «anciens»; et il y a les autres, ceux qui passent sans rien voir, qui mangent une frite, ou boivent un verre. Etudiants, bureaucrates, expats, ils forment une majorité silencieuse, indifférente. La sauce ne prend pas.

Juste au-delà du piétonnier, un nouvel amas urbain émerge derrière une grande pancarte : «Ilôt d’appartements et de maisons avec jardin, à vendre». Je me demande à quel prix. Quand on remonte la chaussée de Wavre, la tristesse prend carrément le dessus : les façades ont piètre mine tandis que les frêles maisons unifamiliales ressemblent de plus en plus aux champignons des schtroumfs dans une forêt de béton (le Parlement européen). Ici aussi, à la sortie sud du mail, de nouveaux logements ont été érigés. La voisine (celle qui sait tout), m’a dit que les prix dépassaient tout entendement (on atteint les 4500 euros le mètre carré !!!)… Oups, voilà qui n’est pas de bonne augure pour mes rêves de propriétaire.