Edouard II

dessin de Frank Pé

Assis sur une chaise haute rotative de la boulangerie du Rond Point (cfr art 34), Edouard me sourit comme s’il me connaissait depuis toujours. Puis, il se lève, prend ma main et me guide vers la sortie.

On a marché longtemps, heureux. Ce soir là, mon nouvel ami est venu souper à la maison. Oscar l’a directement adopté. J’avais le sentiment d’être enfin rentrée au bercail, comme Ulysse dans le poème de Joachim Du Bellay .

Tout a coulé de source jusqu’au petit-déjeuner. Nous discutions de Bruxelles, ville charmante aux allures de capitale de province, un peu sale, un peu dérangée, mais si riche de cultures, de fêtes, …, quand Edouard a pris un air très sérieux pour articuler froidement l’acronyme suivant: « PDI ». Encore toute ramollie par nos ébats amoureux, j’ai ri avant de déclamer inspirée: « Patates Douces à l’Italienne, Partie de Dés Impromptue, Pamphlet Ditirambique Imcompréhensible ».*

Je ne croyais pas si bien dire: Edouard, d’un air pincé, m’a déclaré que j’aurais du connaître le fameux Plan de Développement International de Bruxelles, commandé par Charles Picqué à PriceWaterhouse Coopers; que ce plan allait faire briller Bruxelles comme un sous neuf afin de la rendre attrayante pour le business international, et bla bla bla et bla bla bla.

Cette soudaine flambée conceptuelle sur l’avenir de notre ville que je voyais désormais vêtue d’un costume Armani trop grand pour elle, m’a fait l’effet d’un douche froide. J’ai demandé à Edouard de s’en aller.

dessin de Frank Pé

*(Je laisse le soin à Ulysse de compléter la série! art 113).