Episode 8

Le studio était réservé pour 16 heures. C’était l’avant-dernière tranche horaire.
Nous devions nous retrouver à 14 heures dans l’appartement de Bernard et Monique pour les ultimes recommandations.

Quand je suis arrivé, Bernard m’a informé de quelques changements. Dont un, de taille : Monique ne voulait plus aller dans la chambre avec moi.

Ils en avaient discuté toute la soirée et Bernard s’était rangé à ses arguments : le patron ne se méfierait pas d’une fille qui arrivait seule. C’est elle qui donnerait le signal. La surprise serait totale.

Contrairement à la veille, je ne visualisais plus du tout la scène :

« Mais alors, avec qui je vais monter dans le studio de charme ?

Avec moi », a répondu Bernard.

Devant mon effarement, il a pris le temps de m’expliquer qu’il arrivait, d’après son copain bulgare, que les fonctionnaires des ministères viennent avec des collègues masculins. On lui avait même raconté qu’une fois un type était venu tout seul.

« On s’en fout, me répétait Bernard. Ça ne change rien. »

Pour moi, cela changeait beaucoup de choses.

A 15 h 55, Bernard et moi avons franchi le seuil des studios Intimity.

Le type à l’entrée a empoché nos 30 euros en nous demandant de patienter quelques minutes.

J’étais terriblement gêné.

La chambre sentait le renfermé. Il y flottait cette odeur humaine qu’on trouve dans les vestiaires des salles de sport. Je l’avais sentie aussi en prison, certains matins.

Les coupes de champagne, à moitié pleines, étaient sur la petite table, à côté du lit. Avant de sortir la carabine, Bernard avait bu les deux.

Il m’a donné ma cagoule et s’est allongé sur le lit.

D’après Bernard, on avait une petite heure devant nous.

On devait maintenant attendre le signal.