L’Arbre, les Habitants et le chantier

Des drapeaux pour protéger l'arbre (Photo N Bernard)

Les habitants et les enfants de la rue Vautier, de la Chaussée de Wavre, de la rue du Viaduc et des rues Wiertz et Godecharle tiennent beaucoup à « l’Arbre à Vœux des habitants ».

Un érable sycomore a en effet été planté en mars 2006 au bas de la rue Vautier avec l’intention de faire de ce lieu le 17e JONC, jardin ouvert et néanmoins clôturé de la rue Vautier. Il y a déjà 16 jardins dont sont responsables les propriétaires-habitants du côté montant de la rue (le côté pair). Le 17e jardin est pour le moment un espace triangulaire au bas de la rue, du côté impair. Il doit encore être aménagé par la Régie des Bâtiments. Celle-ci assume en effet la responsabilité de la gestion des bâtiments et des espaces non bâtis du Muséum des Sciences Naturelles.

Le projet est de regarnir le rideau d’arbres qui agrémente le « balcon » du Muséum, en couronne de la chaussée de Wavre et de la rue du Viaduc. Il s’agit notamment d’implanter un banc public sur l’espace minéral du triangle, de planter des arbres et protéger le tout par une nouvelle balustrade qui permette de garantir la sécurité de chacun, petits et grands. Le tout prendra un aspect de tonnelle décorée de plantes grimpantes.

En mars 2006, les habitants se sont donc cotisés pour planter un érable là où James Ensor en avait contemplé et dessiné un au cours de l’hiver de 1888 (« Réverbère et érable », œuvre exposée au Muséum voor Schone Kunsten de Gand).

Cette plantation d’un jeune arbre (5m de haut tout de même) par les habitants en 2006, non seulement leur a coûté 2300 Euros (ils se sont cotisés maison par maison), mais ils ont estimé que leur geste constituait un acte symbolique fort. Il s’agissait en quelque sorte d’affirmer la responsabilité de chacun dans l’embellissement de l’environnement quotidien du quartier et à l’égard de la présence de la nature en ville.

Le 1er février 2008, le quartier a donc très mal vécu l’intervention d’ouvriers de l’entreprise Verbraeken qui se sont mis à faire des trous n’importe comment, au milieu du flot piéton et automobile, à entasser des dalles, déblais et autres matériels sans aucun égard pour l’environnement. L’espace de l’arbre en particulier a servi de dépotoir temporaire. L’arbre lui-même a réchappé de peu aux mouvements sauvages d’un grappin monté sur un camion de chantier. Et puis Verbraeken a laissé le désordre derrière lui pour un week-end largement prolongé jusqu’au 7 février. Bien évidemment, l’AQL a d’abord veillé à la sécurité des riverains, mise en péril par un chantier abandonné sans passages sécurisés pendant 7 jours (voir l’article « Des travaux qui commencent mal »).

Dans le courant du dernier week-end, les habitants de la rue ont réagi en décidant de marquer symboliquement le territoire de l’Arbre. Le samedi 16 février, un groupe qui participait à Saint-Gilles à la séance de formation au logiciel SPIP qui gouverne le blog d’Ariane, est revenu rue Vautier avec 16 bambous et surtout de drapeaux « de la ménagère » pour former un premier buisson de protection autour de l’arbre. Dimanche, deux jeunes de la rue se sont affairés à compléter le dispositif avec 14 autres bambous et autant de drapeaux confectionnés dans des tissus de rideaux. Ce faisant, ils lancent un appel aux parlementaires et aux agents du Parlement Européen qui sont également des riverains : à leur retour de Strasbourg ce jeudi 24 février, ils peuvent « officialiser » l’importance de l’Arbre à Vœux en plantant autour de l’arbre des petits et grands drapeaux bleus à 12 étoiles d’or. Nous sommes tous des citoyens européens dans ce quartier !

Des drapeaux pour protéger l'arbre (Photo N Bernard)

Cette plantation est surtout symbolique. Il s’agit non seulement de protéger l’Arbre des Habitants pendant la durée des travaux, càd 20 mois. Il s’agit surtout de demander aux entreprises et à leurs ouvriers de prêter à l’avenir une plus grande attention à leur environnement, les arbres, mais aussi et surtout les habitants et leurs enfants. En l’absence d’accords en bonne et due forme en ce qui concerne les nécessaires mesures de prévention des accidents et en matière de maintien de la sécurité et de la santé, les risques sont grands pour les tiers que sont les riverains et les visiteurs du Muséum et du Parlement. Nous y revenons dans un article de mise au point préparatoire à la réunion de coordination de chantier prévue le mercredi 20 février et à laquelle les habitants participeront (voir les commentaires à propos des articles du Soir et de la Dernière Heure parus le 15 février).

Nous conclurons cet article sur l’Arbre en renvoyant les lecteurs à la « photo témoin » telle que présentée par Infrabel au cours de la réunion d’information du 31 janvier. On remarquera que la photo présente un triangle arboré qui est en danger à cause des travaux :
1) l’Arbre à Vœux des habitants au bas de la rue Vautier
2) l’Arbre qui est son pendant sur le trottoir d’en face ;
3) le rideau d’arbres qui protège la Viale sur le talus du chemin de fer, au 205 chaussée de Wavre, en diagonale par rapport à la rue Vautier.

Si l’Arbre à Vœux est maintenant signalé par les drapeaux des habitants et par des mesures additionnelles de protection que prendrait le Muséum, l’arbre du trottoir d’en face serait en apparence moins menacé. Certes, il a un mètre de diamètre et il ponctue la rue dans son oreille depuis plus de 20 ans. Mais il est menacé directement par les travaux. En réalité, il est dans l’axe du pont provisoire qu’Infrabel a l’intention d’implanter pendant la 1ère phase des travaux à la demande de la STIB. L’arbre en question présente un développement de branches qui seraient dans le chemin des autobus de la STIB empruntant le pont provisoire. Solution d’ingénieur : élaguer. Or, on sait que certaines opérations d’élagage sont mortelles pour les arbres dont la croissance ultérieure s’opérerait de manière déséquilibrée. Surtout les blessures d’élagage constituent des plaies qui sont des voies ouvertes aux champignons et virus qui menacent la vie des arbres en milieu urbain.

En conclusion, s’il faut élaguer l’arbre qui est dans le chemin de la STIB, cela ne pourrait se faire sans l’avis autorisé d’une commission de botanistes indépendants (y compris le paléo botaniste du Muséum, Mr Damblon).

Dernière remarque à propos de cet arbre : qui en est le propriétaire ? Certains pourraient s’imaginer que c’est la Commune d’Ixelles et qu’il suffirait sur base du permis de bâtir, que l’Ingénieur de la SA Valens et d’Infrabel signale simplement au fonctionnaire compétent qu’il faut élaguer, élaguer. Mais non, les trottoirs ont un statut mixte et les riverains en sont civilement responsables, autant que la Commune. De plus, cet arbre a été planté en 1985 dans le cadre d’un accord conclu entre les habitants de l’îlot Vautier-Wiertz et l’Unerg (devenue Electrabel). Celle-ci avait dû intervenir en toute urgence suite à une fausse manœuvre d’un de ses ingénieurs sur la conduite de gaz qui alimente l’îlot et qui se trouve dans le trottoir. En compensation de cette fausse manœuvre, l’Unerg a dû payer à l’époque non seulement des réparations mais aussi une compensation sous forme de l’oreille de trottoir et son arbre. La Commune a marqué son accord à l’époque sur le contenu de l’accord Unerg-Comité des Habitants (prédécesseur de l’AQL). Pendant plus de 20 ans, les habitants ont veillé sur leur arbre, l’ont arrosé au début, protégé de divers vandalismes. Et leurs enfants l’ont vu grandir. Ils ont donc des droits sur l’arbre qu’ils feront valoir si nécessaire…

Quant au 3e rideau d’arbres, celui-ci est d’autant plus en danger qu’il a poussé sur le talus du chemin de fer, càd en « occupation précaire » et toujours révocable par la SNCB dans sa conception particulière de l’Etat de droit. Le parking de la Viale va être utilisé dans les mois à venir par Valens. En principe, il n’y a pas de raison de toucher au rideau d’arbres, qui est essentiel à la tranquillité des 35 membres de la Communauté de La Viale. Ceux-ci sauront défendre leur rideau d’arbres, soyons-en convaincus. Et l’AQL les appuiera.

Yoha dissine l’arbre et rêve de sa croissance avec Ulysse dans: 487