Le Complexe Belge de Nicolas Crousse – Extrait 16 ter

………………………Décompte : J [[Elections européennes de juin 2009]]- 119

Le complexe de l’Indien sommeille dans l’histoire, sinon dans la préhistoire du pays. Occupée par les Espagnols, les Bourguignons, les Autrichiens, les Hollandais, les Français ou les Allemands, la Belgique, même aujourd’hui parée en dame du monde vaquant aux bras de son encombrant époux européen, n’a jamais oublié ses origines d’enfant abusée. Elle est en cela face à un violent paradoxe : d’un côté, elle se cherche un père, un protecteur, une présence rassurante ; de l’autre, elle suspecte rapidement, derrière les manœuvres de machos qui viennent frapper à sa porte, la possibilité de voir ressurgir le fantôme du prédateur abusif. Paradoxe, encore : c’est face à ces dangers, c’est face au scénario catastrophe de nouveaux abus qu’elle serre les fesses, entre en résistance et en vient, ô miracle, à parler d’identité. Comme lors de l’insurrection anti-hollandaise de 1830, qui présida à la naissance du pays.

Comme lors de la mort inopinée du roi Baudouin, durant l’été 1993. Comme en 1996, lors de la Marche blanche liée à l’affaire (du prédateur !) Dutroux. Comme le 13 décembre 2006, lors de l’annonce (fictive) de la mort du pays. À défaut d’avoir une mythologie, la Belgique se construit avec le ciment dont on fait parfois des cathédrales : la peur.