Le complexe Belge de Nicolas Crousse: Extrait 18

………………………Décompte : J [[Elections européennes de juin 2009]]- 105

Hormis Nothomb, tous œuvrent chacun depuis au moins une vingtaine d’années. Mais le vent tourne, et accueille ces pieds nickelés de l’ex-belgitude en quasi-stars d’un nouvel étendard. Car plus belges qu’eux, tu meurs. Arno, rockeur ostendais au talent immense, n’est pas un homme de promotion. Et baragouine plus qu’il ne s’exprime en interview. Qu’importe : il est belge, il est donc loufoque, et il est du coup au goût du jour. Jean-Luc Fonck, chanteur du groupe Sttellla, tient quant à lui du philosophe bruxellois. Son accent prononcé ne nourrit plus railleries ou quolibets. Il devient au contraire le piment savoureux d’un terroir qui n’a pas sa langue en poche, et qui avance sans le moindre complexe. Philippe Geluck, père du Chat et d’un non-sens télévisuel (« le Chat, c’est du Tex Avery immobile », selon le critique d’art Pierre Sterckx), va jusqu’à brandir son statut de Belge de service en guise de signe d’élection. Chroniqueur de Laurent Ruquier, contradicteur courtois de Michel Drucker, il a baptisé son dernier livre d’un éloquent Oh toi, le Belge, ta gueule !. Amélie Nothomb se distingue par son goût du bizarre, se nourrit de fruits pourris et pond annuellement des œufs littéraires qui ont la forme des chapeaux de Harry Potter. Enfin, Noël Godin[[Auteur d’une remarquable Anthologie de la subversion carabinée, éd L’Âge d’homme, 1989.]], serial entarteur de Bernard-Henry
Lévy (six attentats pâtissiers à ce jour) et qui fut longtemps considéré comme un bouffon de service, a gagné ses lettres de noblesse en dédiant en février 1998 la meilleure des Chantilly au maître du monde de l’époque, Bill Gates. Avant cela, cette véritable crème d’homme était le plus souvent houspillée, pour ne pas dire haïe. Depuis, il est respecté et reçu comme une sorte de prix Nobel de la subversion carabinée.