Le Complexe belge – Extrait 6

Olivier Swenne

………………………Décompte : J – 210

Pas de frontière, en revanche, pour les francophones belges branchés sur la culture française. Qui zappent indifféremment et sans états d’âme de RTL Belgique à TF1, de la RTBF [[La Radio-télévision belge de la Communauté culturelle française.]] à France Télévision. Pas de frontière non plus pour Maurane, Philippe Geluck, Annie Cordy,
François Weyergans, Cécile de France, Olivier Gourmet, Jean-Philippe Toussaint ou Benoît Poelvoorde, qui se réveillent à Paris alors qu’ils s’étaient couchés la veille à Bruxelles ou Namur.

Olivier Swenne

Dans ce climat-là, on ne s’étonne pas de voir régulièrement renaître le discours des séparatistes, rattachistes et autres citoyens belges qui souhaitent la mise à mort de leur pays.

Le mot d’ordre de ces déçus et mécontents ? Le manque d’identité du Belge, et de ce pays aux origines artificielles.
Les belgicains ripostent : « Nous n’avons pas que le roi et un gouvernement fédéral mais aussi une sécurité sociale, des fonds de pension, une solidarité interrégionale, un patrimoine culturel dont quelques idoles – de Magritte à Justine Henin, en passant par Hergé, Brel, Merckx – bref, nous partageons une histoire en commun. Et puis, au cœur de l’Europe du métissage, nous nous posons en modèle. »

Réponse des séparatistes : tout est du toc chez vous. Il n’existe pas d’âme belge, comme il n’y a jamais eu de mythologie patriote entre Ostende et Liège. Quand l’équipe nationale de football gagne (ce qui n’arrive plus si souvent), certes, on se sent belges… le temps de la troisième mi-temps ! Pour le reste, vous l’avez dit vous-mêmes : à l’instar des couples séparés, on ne partage plus que les charges alimentaires et une garde alternée des enfants (en fait, un enfant unique : Bruxelles). Mais cela fait longtemps qu’on ne vit plus ensemble. Du reste, l’a-t-on jamais fait ?

Le mariage de raison du couple flamand-wallon a toujours fonctionné sur un malentendu. Et sur un violent rapport de force. Au XIXe siècle, le francophone vivait une pleine prospérité à la différence du Flamand, qui s’escrimait à sortir la tête de l’eau. Un siècle plus tard, et jusqu’à aujourd’hui, c’est désormais le Flamand qui fait la loi, plus riche économiquement, et voilà les francophones recyclés au rang de petits poucets. En l’espace de trente ans, un seul homme politique francophone a décroché le poste de Premier ministre. Il s’appelait Edmond
Leburton [[Homme politique wallon ayant appartenu au parti socialiste.]], et son règne ne dura que quelques mois !
C’était en 1973. Cinq ans plus tard, un Bruxellois bilingue du nom de Paul Vanden Boeynants [[Ce conservateur socio-chrétien bruxellois fut kidnappé en 1989 par la célèbre bande à
Patrick Haemers, bandit romantique qui défraya la chronique belge dans les années 80.
]] enfila le costume de Premier ministre durant deux tout petits mois. Le cycle de la rancœur n’en finit pas.