Le quartier européen vu d’en haut, en néerlandais

1. Les grues

Je m’extirpe de la traduction d’un texte en russe pour enfourcher ma lourde bicyclette hollandaise. Je traverse une place Jourdan ensoleillée, pour rejoindre la rue Belliard, ses grues et ses minces trottoirs où tempêtent des vagues de voitures. Je dois remonter la rue par le trottoir de droite et longer l’îlot Van Maerlant pour traverser l’autoroute urbaine à hauteur d’une saignée dans les cubes de verre qui surplombent la rue d’Ardenne. J’entre au Comité économique et social européen.

6. Le Parlement vu d'en haut

Deux charmantes hôtesses autrichiennes accueillent les visiteurs en anglais, malgré l’insistance d’un monsieur néerlandophone. L’ascenseur nous débarque au sixième, où l’on se retrouve la tête dans les arbres avec une hauteur de gagnée sur le camembert qui fait le gros dos. Je longe un mur couvert de boîtes aux lettres nominatives, affublées chacune d’autant de drapeaux nationaux différents que l’Europe (l’Union) connaît de nations. Je jette un oeil distrait sur « European Voice »: la une s’inquiète du « non » irlandais. Les boîtes aux lettres s’ouvrent sur une terrasse grise, je m’assieds pour écouter Abdelkader Benali[Lecture de « De grammatica van niemand » à l’occasion des [lunch littéraires du Comité économique et social européen ]].

Marocain établit à Amsterdam, il lit son texte dans sa langue d’adoption. J’avais oublié combien le néerlandais était guttural et juteux, riche d’expériences sonores aux connotations culinaires. Je savoure, accrochée tout de même à la traduction française posée sur mes genoux.

L’histoire raconte une courte visite de l’écrivain dans sa région natale. L’homme, suspendu entre deux langues et deux cultures, esquisse une quête de silence et d’isolement. Une quête d’ignorance « dans un océan de savoir, de compréhension et de décodage. » Pour illustrer son propos, l’auteur cite le procédé par lequel Ulysse se protégea du monstre à un oeil: à chaque fois que le Cyclope lui demandait qui il était, il répondait: Personne.

Et je pense à l’Ulysse du site du quartier européen, aux habitants de ce même quartier, à leur identité. Qui sont-ils? Ma quête en poussette et à bicyclette par les rues du quartier ne m’a pas encore éclairée.

         

4 thoughts on “Le quartier européen vu d’en haut, en néerlandais

  1. Le quartier européen vu d’en haut, en néerlandais
    Identité, identités… qui sommes nous finalement. Je suis moi-même tellement mélangée. D’une mère gantoise et d’un père verviétois, j’ai dans le sang quelques gouttes de sang français, allemand et espagnol. Et l’on s’entête à vouloir nous enfermer dans des petites boites bien fermées : flamands ou francophones, belges ou étrangers, aaaaah, si tout pouvait être aussi simple !

  2. Le quartier européen vu d’en haut, en néerlandais
    Mélangés nous le sommes tous en effet. Ulysse est Personne, moi j’ai parfois l’impression d’être un peu tout le monde à la fois, et j’ai aussi, bien sûr des origines diverses. L’auteur que je cite est plus en quête d’une identité personnelle. Je pose la question de l’identité du quartier, sachant qu’elle ne peut qu’émerger que d’un mélange complexe et unique, comme c’est le cas pour chacun d’entre nous. Je la pose surtout pour inviter plus d’habitants à colorer le site pour qu’il reflète mieux la complexité particulière du quartier, c’est-à-dire son « identité ». Identité qui évolue constamment bien sûr d’où tout l’intérêt d’un site dynamique et participatif! Merci pour vos réactions.

    1. Le quartier européen vu d’en haut, en néerlandais
      Citation de George Mikes :
       » Un Anglais, même quand il est seul, forme une queue bien alignée d’une seule personne « 

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