Un Juste s’en est allé

Robert Maistriau

Robert Maistriau nous laisse un arbre à Yad Vashem, 260.000 arbres à Kikwit. Cet arbre et ces arbres résument sa vie. Ils illustrent les leçons qu’il nous donne à travers les actions « ordinaires » de sa vie.

Le 1er octobre, Simon Gronowski, évadé du XXe convoi et enfant caché, parle ainsi de Robert Maistriau devant sa famille et ses amis.
« Dans le 20e convoi, nous traversions la Belgique vers la mort dans l’ignorance, l’indifférence générales. Personne n’a levé le petit doigt pour nous, sauf trois résistants amateurs, trois jeunes gens, copains d’école, qui sont allés de nuit, à vélo, de la place Meiser à Schaerbeek jusque sur la voie ferrée de Boortmeerbeek. …

Du fond de mon wagon, dans l’obscurité absolue, au milieu de ces dizaines d’hommes, de femmes, d’enfants gémissants, j’ai entendu les coups de feu et les hurlements en allemand de l’escrote nazie. C’était l’attaque de Boortmeerbeek qui coïncidait le 19 avril 1943 avec la révolte du Ghetto de Varsovie. Robert Maistriau dépose entre les rails une lampe-tempête enveloppée d’un papier rouge, signal de danger obligeant le machiniste à stopper. Il ouvre le premier wagon se trouvant devant lui et libère 17 personnes…

Robert Maistriau a risqué sa vie pour sauver des gens qui étaient traités comme des parias. Il a agi certes par aversion de l’occupation nazie, mais surtout dans l’élan de la générosité, de la compassion et par simple sentiment de justice et de solidarité humaine, modestement, n’écoutant que la voix du coeur. Il était la lumière dans les ténèbres. »

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Du vivant de Robert Maistriau, en 1994, un arbre fut planté à Jérusalem, en l’honneur de ce Juste parmi les Nations, et à côté des arbres dédiés à Youra Livchitz et de Jean Franklemon, ses compagnons, dans le seul arrêt des milliers de transports qui conduisirent à travers toute l’Europe un peuple entier aux fours crématoires d’Auchwitz.

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Robert Maistriau eut encore affaire à des trains puisqu’il participa à l’état-majour du groupe G qui sabota des voies ferrées en Belgique pendant la guerre. Arrêté par les nazis en 1944, il fut incarcéré au camp de Buchenwald après Breendonk et Dora. Ses compagnons Youra Livchitz et Jean Franklemon furent également arrêtés et ne revinrent pas.

En 1949, Robert Maistriau part vivre au Congo avec son épouse, à 200 kms de Kikwit. Il y pratique l’élevage du bétail et dès 1970, entreprend de reboiser une zone particulièrement aride en y plantant plus de 260.000 arbres sur une superficie de 200 ha. Aujourd’hui, les arbres arrivés à maturité, fournissent du travail aux habitants et du bois pour les constructions. Une école de 160 enfants assure l’éducation au « Bois Fleuri »(commune de Fishi)

Le 1er octobre, des membres de l’AQL étaient réunis pour décider du soutien à divers projets, notamment en liaison avec l’Afrique. Notre lien avec Robert Maistriau est simple. C’est au 51 rue du Commerce, dans l’atelier de Marcel Hastir, qu’il prépara avec Youra Livchitz et Jean Franklemon, l’attaque du XXe convoi. Nous ne savons pas encore quel projet portera la mémoire des actions de Robert Maistriau. Nous en discuterons avec nos amis de la Fondation Atelier Marcel Hastir et avec la communauté Kikongo de la région de Kikwit.

AQL

http://users.telenet.be/holocaust.bmb/fra/startfr.htm