Un PleinOPENair du Cinéma Nova sur le thème de la sécurité

Vue aérienne du Parlement Européen au milieu du quartier européen

Les 30 et 31 juillet, en soirée, le festival de Cinéma en plein air du Cinéma Nova fera escale au coeur du quartier européen, pour illustrer la thématique de cette année: l’insécurité.

Vue aérienne du Parlement Européen au milieu du quartier européen

Au programme:

Un court-métrage sur l’aspect sécuritaire du quartier européen réalisé spécialement pour l’occasion par le collectif Plus Tôt Te Laat; un concert du groupe Fantasio, une balade au pays des haricots (groupements d’achats solidaires), les longs-métrages ‘The Host » et « The conversation », cfr. ci-dessous.

Le we suivant, le POA du Cinéma Nova s’installera au square Laîné, dans le parc Duden. Des débats, des films et un atelier de sérigraphie sont en outre proposé les mercredi 4 et 11 août au Couvent de Gésù.

Le programme complet

Les détails de la programmation du 30-31:

De l’insécurité

Le capitalisme et la énième crise qu’il traverse ne font qu’accroître les inégalités et la violence sociales, mais ce n’est pas pour autant que le regain de « sentiment d’insécurité » (qu’on prête un peu facilement à « l’opinion publique ») porte prioritairement sur la petite délinquance. On le rappelle trop rarement : l’un des premiers facteurs du « sentiment d’insécurité » en ville, est la vitesse automobile. Si la peur d’un cambriolage ou d’une agression en rue n’est pas un sentiment à nier, la palette de « l’insécurité » est bien plus variée qu’on veut le dire. Il est des peurs qu’aucun dispositif de surveillance et qu’aucun agent des forces de l’ordre ne réglera… Celle de perdre son emploi, ses revenus de chômage, l’inquiétude de devoir quitter son logement, la crainte d’être stigmatisé en fonction de son origine, de sa condition sociale, de son sexe, de son appartenance à un quartier… L’angoisse de subir la discrimination à l’embauche, le délit de faciès ou l’expulsion du pays où l’on habite…

L’impasse que font les médias et les politiques sur la diversité des causes du « sentiment d’insécurité » permet l’adoption de mesures liberticides destinées à rassurer les « braves gens » et de contrôler et poursuivre les indésirables que sont les pauvres, les étrangers et autres déviants pour ne pas avoir à reconnaître les défaillances de l’Etat à répondre aux inégalités sociales galopantes. Autre avantage, elle peut redoper l’économie en faisant de la sécurité un nouveau marché où investir : technologies de surveillance, privatisation des prisons, création de nouveaux emplois de la sécurité, redéploiement d’une nouvelle architecture orwellienne…

En attendant, Bruxelles se transforme : certains quartiers vivants et populaires se voient qualifiés de « ghettos » et appliquer la tolérance zéro, les caméras de surveillance envahissent les espaces publics, de nouveaux portiques à l’entrée des stations de métro et des cartes à puce listant les trajets des passagers des transports en commun se généralisent, pendant que les classes moyennes quittent la ville, et que d’autres se réfugient dans des enclos pour riches… Le statut de Bruxelles Capitale de l’Europe nous est alors martelé comme la seule porte de sortie d’une ville de plus en plus duale.

Ainsi, cette programmation du PleinOPENair met en perspective quelques enjeux qui traversent Bruxelles autour de la question sécuritaire. Un programme qui pourrait donner une frousse bleue s’il n’était pas conçu pour prendre à revers les discours alarmistes et les images faites pour nous terroriser. Pas de panique : le PleinOPENair reste avant tout une manière agréable de se rencontrer, de sillonner la ville en découvrant films et concerts sous un ciel étoilé dans des cadres insolites.

Les 30 et 31 juillet, le festival campe au Museum des sciences naturelles

Si le quartier européen est en mutation permanente et que de nombreux projets de refonte urbanistique pèsent encore sur cette zone grignotée par les institutions européennes, le PleinOPENair ira se nicher, pour ce premier weekend, dans un espace non menacé au coeur du quartier. En ces temps de présidence belge, nous nous installerons ainsi à l’orée du périmètre de sécurité régulièrement dressé autour de ce quartier sacrifié à la cause européenne, dans une zone de contrastes située entre les tours de verre du Parlement européen, d’un côté, et la rue Vautier et la chaussée de Wavre toujours habitées et bien vivantes, de l’autre. C’est ici, à la pointe du Parc Léopold, que se niche le Museum des sciences naturelles. Bien plus qu’un musée fascinant pour petits et grands, ces bâtiments abritent les collections et les activités d’un institut de renommée internationale qui étudie sans cesse notre planète et son écosystème (anthropologie, préhistoire, monitoring du climat, conservation de la nature, recherche zoologique et géologique…). Une manière de renouer avec la vocation de ce parc qui fut autrefois le jardin zoologique de Bruxelles. Notre visite sur l’esplanade du Museum est aussi une façon de garder contact avec les habitants du quartier Léopold, où le PleinOPENair s’est déjà rendu à plusieurs reprises, et de les soutenir dans les combats qu’ils mènent depuis plus de 20 ans face à la pression immobilière européenne.

Museum des sciences naturelles

Rue Vautierstraat 29, 1000 Bxxl Metro : Trône / Troon. Bus : 34, 80, 38, 95 (Idalie). Bus de nuit / Nachtbus : N06, N08 (Idalie) – dir. Bourse / richt. Beurs (dernier / laatste > 02:28).

Concert: Fantazio

Les habitués du Nova connaissent bien Fantazio. Sous des airs doux et gentils, ce poète, écorché vif, aime pratiquer la transe dans une sorte de duel échevelé avec sa contrebasse. L’éléphanteau à la voix rauque chante la musique populaire dans un style improbable aux influences contradictoires. Etourdissant sur scène, son combo a aussi autoproduit deux disques bouillonnants dont le tout récent « Cinq mille ans de danse crue et de grands pas chassés », où il allie la musique traditionnelle japonaise à la chanson française, le rap au ska, le twist-rock au psycho-punk, le tout traversé par des hoquets rythm’n’blues et des infra-basses techno… Fantazio pratique le nomadisme urbain, s’appliquant à surgir là où l’on attend personne (carrefours, cages d’escaliers, appartements…). Pour le PleinOPENair, il se produira en trio avec le crooner furieux Frank Williams, à la guitare, et l’incomparable bricoleur multi-instrumentiste Benjamin Colin, aux bruits et sons. Deux sets (avant et après la projection) à l’ombre du dinosaure du Museum des sciences naturelles…

30.07 et 31.07 > 21h30: POA filmpje (court-métrage)

Depuis deux ans, le PleinOPENair propose, en avant-programme du grand film, un court métrage produit pour l’occasion et présentant le site visité et ses enjeux. Cette année, un film unique sera réalisé sur le quartier européen et plus spécifiquement sous l’angle sécuritaire. Brrrr… Ce film d’une dizaine de minutes est réalisé avec Plus Tôt Te Laat (PTTL), un collectif hétérogène qui utilise le graphisme et la vidéo comme principaux modes d’expression.

30.07 > 22:00 – The Host (film)

Gwoemul

Bong Joon-Ho, 2006, KR, 35mm, vo st fr, 119′

Partant d’un incident réel qui provoqua un scandale national (le déversement de déchets chimiques d’une base militaire américaine dans le fleuve Han, en plein cœur de Séoul, et l’incapacité de la justice coréenne de poursuivre les responsables), Bong Joon-Ho (« Memories of Murder », « Tokyo ») imagine une histoire de monstre mutant qui sème la panique sur les rives. La bête emporte une fillette dans un égout lui servant de tanière et la famille de la petite, convaincue qu’elle est encore en vie, se démène pour partir à son secours. Mais l’armée a pris le contrôle des abords du fleuve et enquête sur un virus mystérieux qui serait transmis par la créature… Le film démarre en trombe, oscillant entre un humour ravageur et une horreur indicible, il surprend par ses changements de ton, évoluant vers le tragique sur fond de critique politique et de scandale dépassant l’ampleur de la pollution initiale. Un blockbuster étonnant qui reste captivant jusqu’aux dernières secondes et donne un nouveau souffle au genre du film de monstres, souvent teinté de discours écologistes. À (re)découvrir sous le regard bienveillant d’un Iguanodon…

31.07 > 18:00 – Un tour au pays des haricots

Une des formes de résistance face à la grande machine qui calibre et contrôle nos vies est de récupérer notre autonomie alimentaire. C’est la mission que s’est donnée l’association Le Début des Haricots en recréant les liens entre consommateurs et agriculteurs locaux, en développant des groupements d’achats solidaires autogérés en ville, en suscitant l’auto production au travers de jardins partagés urbains. Les haricots seront parmi nous le vendredi 30 juillet avec leur production autonome cuisinée. Le lendemain à 18h00, possibilité de visiter leur jardin collectif de la rue Gray à Ixelles. Réservation indispensable pour la balade : pleinopenair@nova-cinema.org.

www.haricots.org

31.07 > 22:00 – The Conversation (film)

Conversation secrète

Francis Ford Coppola, 1974, US, 35mm, vo st fr, 113′

Tout commence par l’écoute à distance d’une conversation anodine entre un homme et une femme dans la foule, selon un procédé d’enregistrement ingénieux orchestré par Harry Caul (incarné par Gene Hackman, impressionnant). Maître incontesté en techniques d’espionnage, ce dernier offre ses services à des clients fortunés. Cependant, effacé et solitaire, sa vie sociale est un désastre, obsédé qu’il est par son métier, et depuis peu par cette nouvelle affaire où sa conscience sera durement éprouvée… Film lucide poussant à la réflexion, « The Conversation » est incontournable lorsque l’on veut parler de surveillance et de l’interprétation de données volées à l’insu des surveillés. À l’instar du « Blow Up » d’Antonioni qui questionnait l’image, « The Conversation », par un montage sonore inventif, nous plonge dans un thriller des apparences. Malgré des techniques d’investigation pouvant sembler désuètes – présentant néanmoins des écueils similaires aux techniques actuelles – l’histoire de ce professionnel névrosé dénonce avec force un système paranoïaque qui ne cesse de courir à sa perte, et à la nôtre…