Voyage en famille

Le bania (sauna) d'une isba de l'Altaï, en Sibérie, Nathalie Melis, mai 2000.

J’espère que je ne vous ennuie pas à force de parler de Russie… Quoiqu’il en soit, je n’ai pas résisté cette fois à vous transmettre cette lettre d’une famille française d’artistes de cirque qui ont pris le temps de voyager en camion jusqu’à Oulan Oudé en Sibérie, où ils ont passé l’hiver avant de prendre la route vers la Mongolie!

Vous trouverez tous détails de leur voyage sur http://freres.kazamaroffs.free.fr

Quand à moi (Ariane pour ceux qui l’aurait oublié), sans Oscar cette fois, je m’envole la semaine prochaine pour Cracovie! Conseils et contacts sont les bienvenus.

Merci

Le bania (sauna) d'une isba de l'Altaï, en Sibérie, Nathalie Melis, mai 2000.

Début Mars

Ca sent le printemps, il y a des choses comme cela, elles n’ont pas besoin
d’être là on sait qu’elles vont arriver.

Bien sur la date y est pour quelque chose, mais les prémices sont toujours
agréables surtout après un si long hiver. Aujourd’hui il a fait -5°C dans la
journée, oh pas longtemps mais suffisamment, pour commencer un petit dégel des gouttières. Les quelques oiseaux qui ont résisté au rude hiver se font leur première toilette dans les flaques d’eau des stalagmites dégelées, les
passants passent insensibles à l’éveil de la nature.

Les sculptures de glace de la place Sovietov ont été détruites au bulldozer,
et c’est un ballet d’immenses camions de travaux publics qui ont emmené cet art éphémère à dégeler sur la rivière. Depuis les grosses limousines de locations ont repris leur place pour les mariages : en robe de mariée sous son gros manteau de fourrure, la Dame du jour laisse tomber sa pelisse pendant
quelques minutes histoire de faire la photo traditionnelle sous la tête de
Lénine.

Je suis allé voir le camion qui stationne dans un dépôt d’importation de
matériel Hi Fi et électronique, endroit ultra gardé par un service de sécurité et par l’armée ; le député PDG de cette entreprise nous a fait l’honneur de pouvoir garer notre convoi dans un coin de la cour, évidemment il faut montrer patte blanche pour y entrer…Sous son épaisse couche de neige, le camion n’a pas l’air d’avoir trop souffert, j’attends avec impatience le moment où je vais pouvoir remettre la clef dans le contact, et savoir si l’antigel a été efficace…

Le soleil se lève de plus en plus tôt, monte un peu pus haut et se couche de
plus en plus tard, mais nos fenêtres coté nord ont toujours un centimètre de
glace, et lorsque ce matin j’ai voulu aller chercher du chou de notre réserve sur le balcon la porte était bloquée par une épaisse couche de glace….

Les travaux du bâtiment reprennent peu à peu, les grues laissées en
hibernation s’agitent doucement, les charpentiers remontent sur les toits…

Dans un mois et demi, nous allons repartir, comme il y a un an exactement,
toujours vers les vastes pleines de la Mongolie, cette fois ci le chemin ne
sera plus très long… on se prépare administrativement et psychologiquement
au grand départ…On fait le compte de ce que l’on a entassé pendant ces six
mois dans l’appartement, ce que l’on va garder et ce que l’on va donner à
l’orphelinat.

Fin mars

Il n ‘y a plus de trace de neige à Oulan-Oudé, la température est de -5 la
nuit et +10° le jour pour dire il fait chaud, je dois être le seul à garder
encore ma chapka, tout le monde me regarde de travers il y en a même qui
rigolent, je vais songer à acheter une casquette locale !

En l’espace d’une semaine tout a fondu, l’épaisse couche de glace sur nos
vitres a disparu et nous permet maintenant de voir l’équipe de foot de notre
quartier« Elevator FIFA 2008 » (c’est marqué sur la palissade), la rue fut
inondée pendant plus d’une semaine, l’eau n’arrivant pas à s’infiltrer dans
la terre, dure encore comme de la pierre. Les gens prennent le temps de
sortir discuter jusqu’à tard le soir, les musiciens de rue essaient de
trouver un coin tranquille entre les haut-parleurs de la rue piétonne qui
diffusent cette fois la propagande capitaliste, on ne s’aventure plus sur la
rivière au risque de prendre un bain bien glacé, et je viens de finir mon
contrat de professeur de jonglage en faisant une présentation de notre
spectacle à l’académie avec quelques étudiants.

Alors en ce jour du 31 mars nous sommes allé porter les passeports dans une
agence pour faire faire les visas mongols, nous les aurons en fin de
semaine, puis je suis retourné voir le camion : à croire que tout le monde
savait que j’allais venir, ils sont passés à tour de rôle pour poser des
questions de notre présence ici mais surtout pour visiter le camion et voir
s’il allait bien redémarrer. Alors après quelques préparations j’ai mis la
clef dans le contact. Il s’est mis à tousser, puis à cracher une épaisse
fumée noire…après un hiver si rigoureux il peut avoir les poumons
encombrés !

Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu une si jolie musique, un
ronronnement régulier, un réveil à l’aventure.

Après un nettoyage à l’eau chaude avec l’aide d’Alexis (un chauffeur de
Kamaz), il a retrouvé sa place et nous attend sagement avec sa couverture
sur la batterie.

Le départ est prévu autour du 19 avril d’Oulan-Oude, un arrêt à Tarbagataï,
et le passage à la frontière Russie Mongolie vers le 21 avril.

On prépare les adieux, on fait la liste des gens que l’on veut absolument
revoir, le temps tout à coup nous manque, il a filé si vite qu’on aimerait
rester encore un peu pour dire que l’on reviendra un jour mais c’est pas
sur, dire que l’on pense à eux, dire que la vie nous emmène parfois dans des
endroits bien curieux, dire que… mais voilà il est temps de partir !

Alors à bientôt pour des nouvelles de Mongolie.

Gérard